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René Guénon – La guerre et la paix

[ Le Symbolisme de la Croix – Chapitre VIII ]

Ce qui vient d’être dit sur la « paix » résidant au point central nous amène, quoique ceci puisse paraître une digression, à parler quelque peu d’un autre
symbolisme, celui de la guerre, auquel nous avons déjà fait ailleurs quelques allusions (1). Ce symbolisme se rencontre notamment dans la Bhagavad-Gîtâ : la bataille dont il est question dans ce livre représente l’action, d’une façon tout à fait générale, sous une forme d’ailleurs appropriée à la nature et à la fonction des Kshatriyas à qui il est plus spécialement destiné (2). Le champ de bataille (kshêtra) est le domaine de l’action, dans lequel l’individu développe ses possibilités, et qui est figuré par le plan horizontal dans le symbolisme géométrique ; il s’agit ici de l’état humain, mais la même représentation pourrait s’appliquer à tout autre état de manifestation, pareillement soumis, sinon à l’action proprement dite, du moins au
changement et à la multiplicité. Cette conception ne se trouve pas seulement dans la doctrine hindoue, mais aussi dans la doctrine islamique, car tel est exactement le sens réel de la « guerre sainte » (jihâd) ; l’application sociale et extérieure n’est que secondaire, et ce qui le montre bien,c’est qu’elle constitue seulement la « petite guerre sainte »(El-jihâdul-açghar), tandis que la « grande guerre sainte » (El-jihâdulakbar) est d’ordre purement intérieur et spirituel (3).
On peut dire que la raison d’être essentielle de la guerre, sous quelque point de vue et dans quelque domaine qu’on l’envisage, c’est de faire cesser un désordre et de rétablir l’ordre : c’est, en d’autres termes, l’unification d’une multiplicité, par les moyens qui appartiennent au monde de la multiplicité elle-même ; c’est à ce titre, et à ce titre seul, que la guerre peut être considérée comme légitime. D’autre part, le désordre est, en un sens, inhérent à toute manifestation prise en elle-même, car la manifestation, en dehors de son principe, donc en tant que multiplicité non unifiée, n’est qu’une série indéfinie de ruptures d’équilibre. La guerre, entendue comme nous venons de le faire, et non limitée à un sens exclusivement humain, représente donc le processus cosmique de réintégration du manifesté dans l’unité principielle ; et c’est pourquoi, au point de vue de la manifestation elle-même, cette réintégration apparaît comme une destruction, ainsi qu’on le voit très nettement par certains aspects du symbolisme de Shiva dans la doctrine hindoue. Lire la suite »

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Le monde des shudras : réflexions sur la symbolique des castes appliquée au monde contemporain – par Raphaël M.

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Article publié initialement sur http://chroniques-kaliyugesques.blogspot.fr

Pour les hindous et tant d’autres, la société s’organise autour du système des castes. Celui-ci consiste en une répartition des fonctions, chacun selon ses prédispositions.

Ainsi, le Mânava-Dharmashâstra (encore appelé loi de Manu), sorte de code juridique poétique fondé sur le Véda – somme des écritures sacrées de l’hindouisme- distingue 4 types d’êtres aux aptitudes différenciées. Il y est fait mention de 4 varnas, ou «teintes», chacune symbolisant une partie du corps humain, analogie du corps social.

En premier lieu, le Brahmane, associé à la tête, est le détenteur de la connaissance métaphysique. Il a pour mission de la conserver et de la transmettre. Il est à la fois le sage et l’enseignant. Il possède l’autorité spirituelle et est le gardien de l’harmonie du monde.

Le Kshatriya quant à lui, associé au tronc et aux bras, est à la fois le guerrier, l’administrateur et le politique. Sa plus haute figure étant le Roi,il est chargé d’exercer le pouvoir temporel.

Le Vaishya se distingue quant à lui dans l’activité économique. Associé au ventre, il est l’agriculteur, l’artisan, et le commerçant.

Enfin, et cette composante est souvent traitée à tord de manière tout à fait résiduelle, le Shudra, représentant les jambes et les pieds de la société et de l’ordre divin ( les deux sont indissociables dans une vision traditionnelle, l’une étant le reflet de l’autre), n’extériorisant aucune des tendances propres aux autres varnas, est chargé de les servir tous. Lire la suite »

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René Guénon – L’envahissement occidental

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[René Guénon, La crise du monde moderne, Chapitre VIII : L’envahissement occidental (extrait)].

Le désordre moderne, nous l’avons dit, a pris naissance en Occident, et, jusqu’à ces dernières années, il y était toujours demeuré strictement localisé ; mais maintenant il se produit un fait dont la gravité ne doit pas être dissimulée : c’est que ce désordre s’étend partout et semble gagner jusqu’à l’Orient. Certes, l’envahissement occidental n’est pas une chose toute récente, mais il se bornait jusqu’ici à une domination plus ou moins brutale exercée sur les autres peuples, et dont les effets étaient limités au domaine politique et économique ; en dépit de tous les efforts d’une propagande revêtant des formes multiples, l’esprit oriental était impénétrable à toutes les déviations, et les anciennes civilisations traditionnelles subsistaient intactes. Aujourd’hui, au contraire, il est des Orientaux qui se sont plus ou moins complètement « occidentalisés », qui ont abandonné leur tradition pour adopter toutes les aberrations de l’esprit moderne, et ces éléments dévoyés, grâce à l’enseignement des Universités européennes et américaines, deviennent dans leur propre pays une cause de trouble et d’agitation. Il ne convient pas, d’ailleurs, de s’en exagérer l’importance, pour le moment tout au moins : en Occident, on s’imagine volontiers que ces individualités bruyantes, mais peu nombreuses, représentent l’Orient actuel, alors que, en réalité, leur action n’est ni très étendue ni très profonde ; cette illusion s’explique aisément, car on ne connaît pas les vrais Orientaux, qui du reste ne cherchent nullement à se faire connaître, et les « modernistes », si l’on peut les appeler ainsi, sont les seuls qui se montrent au dehors, parlent, écrivent et s’agitent de toutes façons. Il n’en est pas moins vrai que ce mouvement antitraditionnel peut gagner du terrain, et il faut envisager toutes les éventualités, même les plus défavorables ; déjà, l’esprit traditionnel se replie en quelque sorte sur lui-même, les centres où il se conserve intégralement deviennent de plus en plus fermés et difficilement accessibles ; et cette généralisation du désordre correspond bien à ce qui doit se produire dans la phase finale du Kali-Yuga. Lire la suite »

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René Guénon et l’Islam – Najm-Oud-Din BAMMATE [extrait]

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Les rappels de l’Unité et de la transcendance, au point de vue métaphysique, de la fraternité humaine au point de vue social, sont parmi les valeurs — pour employer un mot profane — qui sont encore vécues et témoignées dans la vie quotidienne et pourraient représenter, aujourd’hui encore, des apports essentiels de l’Islam. Mais, là est le drame, au moment même où certains en Occident, souvent inspirés par l’oeuvre de Guenon, essaient , au-delà du règne de la quantité, de retrouver un ordre traditionnel, l’Orient, lui, fasciné par la réussite, se laïcise et se profane très vite, de telle sorte que le dialogue n’est plus situé, en réalité, entre Orient et Occident, mais devient un débat intérieur pour chacun.

Guenon avait à la fois raison et tort : raison par son diagnostic, et peut-être tort car il n’avait pas prévu à quel point ses prédictions — même les plus catastrophiques — risquaient d’être dépassées ; ou peut-être a-t-il eu la pudeur de ne pas prendre un ton apocalyptique. En réalité, peu d’années seulement après sa mort, la situation est non seulement celle qu’il a décrite, mais elle est pire encore, c’est-à-dire que la possibilité de dialogue entre un Orient qui détiendrait une tradition et un Occident qui serait porté à la rechercher correspond à une vision bien optimiste des choses. Il y a un dicton musulman selon lequel « le dernier refuge, la dernière embuscade de Satan est le coeur du juste dans sa bonne conscience ». C’est la bonne conscience des technocrates qui croient que le bien-être suffit à combler l’homme, que la croissance quantitative est une réponse à tout, c’est aussi l’effort laïcisant et profanateur du moderniste oriental qui, croyant de bonne foi développer son pays, le déracine. En réalité, le fait qu’il ne s’agisse pas d’un dialogue mais que le débat soit intériorisé en chacun de nous, lui donne la profondeur d’un examen de conscience.

Il n’y a plus de justes et nous nous débattons tous dans le même naufrage. La grande difficulté pour une approche de l’Islam est peut-être la proximité de l’Occident . L’Inde, la Chine ou le Japon furent découverts par l’Europe comme étant véritablement l’autrui, l’exotique. Mais l’histoire de la Chrétienté et de l’Islam se sont trop entrecroisées. Les références théologiques sont les mêmes : Abraham, Moïse, Jésus et même Marie, plus présente à l’ Islam qu’au protestantisme. Lire la suite »

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Le néo-spiritualisme et son erreur – René Guénon

[Article écrit en arabe par le Shaykh ‘Abd-al-Wâhid Yahyâ pour la revue Al-ma’rifa (juillet 1931). Traduit par Jean Abd al-Wadoud Gouraud (1) à partir du livre du Cheikh Abd al-Halîm Mahmûd « L’école de la Chadhiliyya » (2)]

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Parmi les plus dangereuses erreurs de l’Occident moderne, il en est une qui s’est établie en Amérique depuis moins de cent ans, précisément depuis 1847, et qui est connue sous le nom de « néo-spiritualisme » ou « spiritisme » (ar-rûhâniyya al-hadîtha). On pourrait définir ce dernier en disant qu’il consiste à croire à la possibilité d’une communication avec les morts par l’intermédiaire de moyens matériels. Le néo-spiritualisme a vu le jour à partir de phénomènes naturels, comme l’émanation de voix ou le mouvement d’objets dans certaines habitations, qui se produisent sans cause évidente. Ce type de phénomènes a été remarqué de tout temps et partout, et il n’est donc pas possible de dire qu’il soit exceptionnel. Pour quelle raison, dans ce cas, les Occidentaux en ont-ils fait une croyance nouvelle alors que personne n’en avait jamais eu l’idée auparavant ?

La vérité est que, s’étant insurgés contre le matérialisme (mâddiyya) de plus en plus répandu, ils ont tenté de mettre en place une méthode occulte qui s’applique à détruire ce matérialisme. Si nous considérons que leur but est en soi juste, les moyens qu’ils ont utilisés pour atteindre ce but ne sont cependant pas de même. Lire la suite »

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